Juste un début

Redaction

Afrique Centrale Info, 25 Décembre 2006

La signature à Tripoli d’un accord entre le président tchadien et le rebelle Mahamat Nour Abdelkerim, chef d’une rébellion longtemps menaçante mais aujourd’hui affaiblie, semble loin de marquer la fin des activités des rébellions hostiles à Idriss Deby Itno dans l’est du Tchad.

Le "ralliement" du chef d’une rébellion qui était arrivée en avril jusque dans les faubourgs de la capitale tchadienne, avant d’être repoussée, représente certes une "victoire pour le gouvernement tchadien", comme l’affirme une source proche du pouvoir. C’est "un coup dur pour les rebelles", selon elle.

"Bien sûr, que ça a une valeur symbolique! Il y a à peine huit mois les troupes de Mahamat Nour entraient dans N’Djamena et c’était à l’époque la rébellion la plus puissante", rappelle un haut responsable tchadien.

Cependant, le Front uni pour le changement (Fuc), coalition rebelle hétéroclite créée fin 2005 et longtemps soutenue par Khartoum, avait depuis cet échec explosé en plusieurs factions rivales et ne s’était plus manifesté de façon significative sur le plan militaire. Quant à Mahamat Nour, il avait perdu de son aura auprès de ses parrains soudanais.

"Après l’échec d’avril, la carrière de rebelle de Mahamat Nour était finie. Le Soudan a choisi de soutenir d’autres hommes pour déstabiliser le président Deby. Cet accord est une victoire plus médiatique que militaire", tempère une source proche du gouvernement tchadien.

"Le Fuc était une alliance de circonstance. Après l’échec d’avril, Mahamat Nour est resté en retrait et le Fuc s’est fragmenté sur des bases ethniques", explique un observateur dans la région.

"D’autres alliances ou mouvements ont fait leur apparition (...) Ils ont attiré de fait une partie des hommes de Mahamat Nour. Il est très difficile aujourd’hui de savoir ce qu’il représente en termes d’hommes", ajoute cet observateur.

Selon des sources proches du gouvernement tchadien, l’essentiel de ses troupes, constitué d’une soixantaine de véhicules, soit entre 600 et un millier de combattants, est actuellement cantonnée à Guéréda, une localité sous contrôle de l’armée tchadienne située dans l’extrême est du Tchad à une trentaine de kilomètres de la frontière soudanaise.

Le gouvernement estime officiellement les troupes de Mahamat Nour à entre 3.000 et 4.000 hommes.

Le retour de ces hommes à N’Djamena et l’intégration - prévue par l’accord de Tripoli - d’une partie d’entre eux dans l’armée tchadienne ne devrait pas fondamentalement changer la donne dans l’est du Tchad, où plusieurs groupes hostiles au président Deby ont pris la place du Fuc depuis son éclatement.

Une partie du Front avait déjà rejoint la coalition emmenée par le Rassemblement des forces démocratiques (RaFD) des frères jumeaux Tom et Timane Erdimi et la Concorde nationale tchadienne (CNT) du Dr Hassan Saleh Al-Djinédi, groupe le plus actif avec l’Union des Forces pour la démocratie et le développement (UFDD) de Mahamat Nouri.
RaFD-CNT et UFDD ont, séparément, multiplié depuis fin novembre les opérations contre l’armée tchadienne dans l’est tchadien.

"Cet accord ne change absolument rien pour nous. On a commencé cette lutte sans Mahamat Nour et on va la terminer sans Mahamat Nour. Il ne représente rien aujourd’hui", a prévenu lundi Timane Erdimi.

Début décembre, après plusieurs jours d’affrontements séparés contre le RaFD-CNT et l’UFDD, le gouvernement tchadien avait affirmé les avoir "totalement anéantis", ce que les responsables des deux mouvements avaient démenti.

Tempérant les cris de victoire de N’Djamena, une source proche du gouvernement tchadien estimait lundi que "ce sont des hommes comme Mahamat Nouri qui représentent aujourd’hui un vrai danger pour le gouvernement".