Opération UA-ONU au Darfour: un pas dans la bonne direction

Mohamed Hasni

Ap, 17 Novembre 2006

Le principe d'une opération UA-ONU de maintien de la paix au Darfour, accepté par le Soudan même s'il insiste sur le fait qu'il n'y aura pas de Casques bleus sur le terrain, est un pas dans la bonne direction, estiment vendredi les milieux de la force africaine à Khartoum.

"C'est un pas important, d'autant plus que l'idée de base d'une telle opération vient du Conseil africain pour la paix et la sécurité", une instance de résolution des conflits composée de 15 pays de l'Union africaine (UA), a souligné une source des milieux de la Force africaine au Darfour, l'Amis.

Ce Conseil a "toujours insisté sur le caractère africain d'une telle force et d'un accord préalable du Soudan" à son mandat, a rappelé cette source.

Elle a indiqué que la prochaine réunion de cette instance africaine, prévue le 24 novembre (bien: 24 novembre) à Brazzaville, serait essentielle pour faire avancer l'idée d'une opération UA-ONU de maintien de la paix au Darfour (ouest) et en fixer les contours.

La guerre au Darfour a éclaté en février 2003 entre des rebelles d'ethnies africaines et l'armée de Khartoum, appuyée par les milices arabes djandjawid. Elle a fait environ 200.000 morts et provoqué le déplacement de 2,5 millions de personnes, notamment au Tchad, selon l'ONU.

Le ministre soudanais des Affaires étrangères, Lam Akol, a affirmé vendredi que l'accord d'Addis Abeba ne prévoyait pas de déploiement de soldats de l'ONU sur le terrain aux côtés de soldats africains.

"On ne doit pas parler de force mixte, car ce que nous discutons et ce sur quoi nous sommes d'accord, c'est une force africaine assistée par les Nations unies", a-t-il déclaré à la radio d'Etat Oum Dourman.

Cette précision est conforme à la position du Soudan, qui a toujours refusé des Casques bleus au Darfour mais s'est dit ouvert à un soutien logistique et financier de l'ONU à l'Amis.

C'est ce qu'a rappelé mercredi, à la veille des consultations d'Addis Abeba, le vice-président soudanais Ali Othman Mohammed Taha, en déclarant que si son pays en vient à accepter la proposition de M. Annan, il insisterait sur un commandement africain de la mission de paix au Darfour.

L'ambassadeur du Soudan à Addis Abeba, Saïd Ali Hassan, cité par l'agence soudanaise Suna, a levé un coin de voile sur le volet financier du soutien décidé en Ethiopie en faveur de la mission africaine dans son pays.

Selon lui, la réunion parrainée par l'ONU a décidé d'un soutien financier en trois étapes. Le premier d'un montant de 22 millions de dollars ira à l'Amis et le deuxième (55 millions de dollars) bénéficiera à la mission africaine au Soudan, a affirmé le diplomate sans plus de précisions.

L'acceptation soudanaise de l'opération de paix UA-ONU pourrait enterrer la résolution 1706 du Conseil de sécurité, en date du 31 août, prévoyant de remplacer l'Amis par des Casques bleus.

La position des Etats-Unis, qui accusent le Soudan et les milices djanjawid de génocide au Darfour contre des populations africaines, après avoir insisté sur une force de l'ONU, a évolué vers une opération UA-ONU.

Le président George W. Bush s'est félicité de la décision du Soudan d'accepter le principe d'une telle opération, selon le porte-parole du Conseil de la sécurité nationale, Gordon Johndroe.

"Cet accord ouvre la voie à une force de paix hybride ONU-UA pour le Darfour essentiellement composée et dirigée par des Africains et équipée et financée par les Nations unies", a-t-il dit.

L'Egypte a salué de son côté cette acceptation.