Le conflit du Darfour au coeur d'une réunion à Addis Abeba

Ap

Ap, 16 Novembre 2006

Le secrétaire général de l'ONU Kofi Annan a ouvert aujourd'hui, à Addis Abeba, siège de l'Union africaine, une réunion internationale destinée à chercher une sortie à l'impasse dans la crise du Darfour, cette région de l'Ouest soudanais où la guerre s'aggrave.
La réunion, qui rassemblait des responsables européens, africains, arabes et de l'ONU visait à renforcer la force de maintien de la paix de l'Union africaine au Darfour (AMIS), faire respecter un fragile cessez-le-feu et relancer des pourparlers de paix.

Les participants ont décidé de créer trois commissions pour examiner chacun de ces points, a annoncé Kofi Annan. «Nous avons des discussions très bonnes et constructives», a assuré au siège de l'UA le secrétaire général de l'ONU, qui espère obtenir l'arrêt des massacres au Darfour avant de quitter son poste le 1er janvier.

M. Annan, qui a proposé l'envoi de 20 000 hommes, veut que des casques bleus de l'ONU soient déployés pour remplacer les 7000 hommes de l'UA présents au Darfour, comme le demande la résolution 1706 votée le 31 août par le Conseil de sécurité. Mais Khartoum a jusqu'ici refusé.

Un compromis propose la création d'une force conjointe UA-ONU. Le ministre soudanais des Affaires étrangères Lam Akol ne l'a pas totalement exclu: «Nous continuons d'en discuter», a-t-il souligné.

Avec d'autres, le ministre français des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy avait plaidé pour une telle force «mixte», évoquant la nécessité de stabiliser la zone du Darfour et de ses frontières avec le Tchad et la République centrafricaine afin d'éviter un «effet domino».

La réunion d'Addis Abeba devait notamment porter sur «le mandat et les modalités» d'une force internationale au Darfour, a précisé aujourd'hui le Quai d'Orsay. Elle rassemblait des représentants de l'UA, de la Ligue arabe, de l'Union européenne, du Soudan, des États-Unis, de la Chine, de la Russie, de France, d'Égypte et d'une demi-douzaine de pays africains.

Le conflit, qui oppose depuis 2003 le gouvernement soudanais et les différents mouvements rebelles du Darfour a fait 200 000 morts et 2,5 millions de déplacés. Khartoum est accusé de soutenir les miliciens arabes Janjawids, responsables d'atrocités contre les populations noires locales, dont sont issus les insurgés.

Loin de s'arranger, la situation se détériore. Ces derniers jours, les Janjawids ont intensifié leurs attaques, tuant des dizaines de personnes, ont annoncé hier des observateurs internationaux. Selon l'UA, au moins 30 personnes ont été tuées et 40 blessées lors d'un raid des Janjawids samedi à Sirba, dans le nord du Darfour. Et d'autres attaques ont également été signalées dans la zone.

En outre, le conflit a débordé les frontières du Soudan, déstabilisant certaines régions du Tchad et de la République centrafricaine, laissant craindre une véritable extension du conflit.

L'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch demande un renforcement substantiel de la force de paix au Darfour pour enrayer les attaques croissantes contre les civils. L'ONG fait état de nouveaux bombardements aériens contre les populations au Darfour et dans le Tchad voisin depuis la fin octobre.

«Nous assistons à une guerre régionale contre les civils, avec des groupes armés des deux côtés de la frontière soutenus activement ou tolérés par les gouvernements soudanais et tchadien», accuse Peter Takirambudde, un responsable de HRW, dans un communiqué. La réunion d'Addis Abeba «doit déboucher sur un plan clair sur le déploiement immédiat de militaires internationaux pour protéger les civils au Darfour et dans l'est du Tchad», ajoute-t-il.

Selon Médecins Sans Frontières, des milliers de personnes ont fui leur foyer et les camps de réfugiés au Darfour. L'ONG précise qu'il est de plus en plus difficile d'acheminer de l'aide aux victimes en raison des violences.