Bruits de Bottes par Philippe Gras

Par Philippe Gras

Le Journal Mague, 21 Novembre 2006

Le conflit au Darfour, qui empoisonne la communauté internationale, est en train de dégénérer en se propageant aux pays voisins, le Tchad et la République centrafricaine. Aux réfugiés (3 millions...) qui ont fui les zones de combat dans des camps improvisés le long de la frontière, s’ajoutent les rebelles de l’Union des Forces démocratiques pour le Rassemblement qui ont été au printemps dernier à deux doigts de prendre la capitale N’Djamena. Le président Idriss Deby que l’on dit en bout de course n’a dû son salut qu’à la France, dont l’aviation militaire a réussi à intimider les agresseurs, prétend que les éléments de l’UFDR bénéficient de la bienveillance de Khartoum, qui les arme et les équipe, et souvent leur offre un repli opportun à l’intérieur des frontières soudanaises. De fait, celles-ci sont très perméables dans ces régions peu peuplées. En réalité, nombre d’entre eux sont présents en Centrafrique, où ils ont participé à la prise du pouvoir de l’actuel président, François Borizé, le 15 mars 2003.
Pour contrôler ces ferments de troubles, les autorités tchadiennes ont décrété l’état d’urgence dans sept régions du pays et dans la capitale, elles ont dépêché plusieurs centaines d’hommes en RCA avec l’appui de blindés. D’autres troupes ont pour mission de prendre en tenaille les forces de l’UFDR à l’est du Tchad, dans les territoires qu’elles contrôlent. La France, une fois encore, devrait apporter son soutien au pouvoir tchadien, ainsi qu’à la République centrafricaine. Par ailleurs, une mission des Nations unies devrait se rendre prochainement au Tchad pour élaborer les conditions d’un éventuel déploiement de force, que le président Déby ne voit pas d’un bon oeil, tout comme son homologue soudanais Oumar Hassan Ahmad al-Bachir au Darfour.



Quand on ignore un bec de gaz assez longtemps,
Vient le moment où toc, on le prend dans la tête ;
Ce n’est pas un avis de comique ou d’esthète,
Mais c’est la vérité des coups du sort patents.

On sait bien qu’au Darfour, on se bat tout le temps,
Mais c’est trop loin de tout, et pour un épithète
Qui fâche ou qui carotte on boude et on s’entête
À préférer des culs-de-sac déconcertants !

Là-bas, on va bientôt avoir un gros problème :
On craint la catastrophe et tout le monde est blême
Car les soldats ont l’arme au pied dans trois pays.

Au Tchad, en Centrafrique, ils vont sur la frontière
Serrer de près tous ceux qui les ont bien haïs
Pour apporter la guerre à la région entière.