Augmenter la pression au Darfour

Dante Sanjurjo

Politis, 22 Novembre 2006

Alors que les combats redoublent et que les massacres s’intensifient au Darfour et au Tchad, le gouvernement soudanais continue à souffler le chaud et le froid à propos de la guerre qu’il mène contre les rebelles du Darfour, à l’ouest du pays. D’un côté il intensifie les exactions contre les populations civiles, de l’autre il fait des concessions conditionnelles aux négociateurs des Nations unies qui lui demandent d’accepter le déploiement sur place d’une force d’interposition.

Depuis plusieurs semaines, les combats redoublent, et les populations civiles, y compris les enfants, sont délibérément visées. Le conflit a fait au moins 200 000 morts depuis 2003, et plus de deux millions de déplacés. Quand il n’envoie pas ses propres troupes, le gouvernement soudanais utilise les miliciens arabes Janjawids, qui commettent des atrocités contre les populations locales, noires, dont sont issus les rebelles. « Le gouvernement arme les milices arabes davantage qu’à aucun moment, et celles-ci mènent une terreur inexplicable contre les civils », a affirmé en fin de semaine dernière le secrétaire général adjoint de l’ONU aux affaires humanitaires, Jan Egeland, dans un entretien à l’Associated Press. Cela n’empêche pas Khartoum de se prêter parallèlement au jeu de la diplomatie.

En août, l’ONU a décidé le déploiement d’une force pouvant aller jusqu’à 20 000 casques bleus au Darfour pour protéger les civils, mais l’a conditionné au feu vert des autorités soudanaises. Celles-ci s’y sont opposées, préférant la seule présence des 7 000 hommes de la force constituée par l’Union africaine (UA), d’une inefficacité patente. Les pressions de la communauté internationale, insuffisantes pour arrêter les massacres, ont cependant conduit les autorités à participer à une réunion avec l’ONU dans la capitale éthiopienne, Addis-Abeba. Les responsables soudanais ont d’abord fait savoir, vendredi, qu’ils acceptaient finalement la création d’une force mixte UA-ONU au Darfour. Puis certains d’entre eux ont insisté sur le fait que le commandement devait rester africain, tandis que d’autres avançaient le chiffre de 12 000 casques bleus au lieu des 17 000 annoncés par les responsables onusiens. Enfin, samedi, Lam Akol, le ministre soudanais des Affaires étrangères, a déclaré que Khartoum n’avait pas donné son accord la veille pour une « force mixte » mais pour une « opération mixte ». « Le rôle des Nations unies sera de fournir des unités de support et une assistance technique à la mission africaine, a-t-il précisé. Il n’y a aucun moyen que la principale force combattante soit mixte. » La pression internationale doit donc s’accentuer pour que Khartoum prenne des engagements fermes et s’y tienne. Est-ce possible ?