Darfour : Le conflit déborde les frontières du Soudan

Skander Houidi

Marianne, 16 Novembre 2006

Le Tchad, la République centrafricaine et par ricochet la France, sont menacées par le chaos qui règne dans ce no man’s land à l’ouest du Soudan.

La crise du Darfour prend de l’ampleur depuis que l’armée fédérale et les milices janjawids ont repris, depuis quelques mois, leurs raids meurtriers contre les rebelles et les populations du Darfour. Pour une de ces dernières visites en Afrique, Kofi Annan a convoqué ce jeudi une réunion qualifiée de « haut niveau » à Addis Abeba, siège de l’Union africaine (UA), destinée à « faire avancer de manière décisive le processus de paix ». Les hauts représentants des cinq membres du Conseil de sécurité de l’Onu, de la Ligue arabe, de l’UE, et de l’UA, ainsi que le ministre des Affaires étrangères du Soudan, Lam Akol, seront amenés à évoquer le passage de témoin entre la Mission de paix de l’UA au Darfour (l’Amis), notoirement inefficace car sous financée et mal équipée, et des Casques bleus dont l’envoi se heurte au refus catégorique du président soudanais Omar El-Béchir (une résolution de l’Onu du 31 août recommandait pourtant l’envoi de 17 000 Casques bleus au Darfour, un territoire grand comme la France).

Une nouvelle donne vient cependant compliquer une situation déjà bien compromise : l’extension du conflit au Tchad et en Centrafrique, voisins du Soudan. Si bien que, face au refus de Khartoum d’accueillir les soldats de l’ONU, sous le prétexte fallacieux d’un néocolonialisme déguisé, des voix dont celles de Denis Sassou Nguesso (président en exercice de l’UA et président du Congo) et du Quai d’Orsay, sollicitent le déploiement d’une force de maintien de la paix non plus au Soudan, mais à ses frontières. En effet, le Tchad de même que la République centrafricaine ont à subir les assauts de rebelles peut-être soutenus par Khartoum (si l’on en croit les accusations des autorités des deux pays concernés), en tout cas se servant du Darfour comme base de repli pour mener à bien leurs incursions.

A Ndjamena, qui essuie les attaques de plusieurs groupes rebelles depuis plusieurs mois, le président tchadien Idriss Déby a décrété l’état d’urgence. Pire, la zone de friction entre les rebelles et l’armée, au sud-est du Tchad, a été le théâtre d’affrontements entre communautés arabes et non-arabes qui auraient fait une centaine de morts. Une situation qui rappelle furieusement les affrontements entre « arabes » et « noirs » au Soudan. A Bangui, les rebelles unifiés de l’Union démocratique des forces pour le rassemblement (UDFR) ont pris le contrôle de trois localités du nord du pays, obligeant le président centrafricain François Bozizé, à demander un soutien militaire à Paris.

On se souvient qu’au Tchad, fin octobre, un avion de reconnaissance français de la force Epervier, qui compte un millier d’hommes, avait essuyé un tir de missile probablement en provenance d’une colonne rebelle. En Centrafrique, le ministère français de la Défense, qui compte 200 soldats sur le terrain, a décidé de se limiter à une aide dans les domaines de la logistique et du renseignement. Reste que ce soutien inconditionnel à deux régimes autocratiques à bout de souffle n’arrange pas l’image de la France, qui se retrouve une fois de plus prise au piège dans son ancien pré carré.