La France s'inquiète d'une contagion du conflit du Darfour

Natalie Nougayrède

Le Monde, 13 Novembre 2006

La France tente de prendre l'initiative diplomatique dans la crise du Darfour, avec comme souci d'empêcher que la guerre dans cette région de l'ouest du Soudan, où quelque 300 000 personnes ont trouvé la mort depuis 2003, entraîne une déstabilisation du Tchad et de la Centrafrique, deux pays voisins avec lesquels Paris entretient d'étroites relations.

Le ministre français des affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, a effectué, dimanche 12 novembre, une visite à Khartoum, où il a soumis au président soudanais, Omar Al-Bachir, l'idée du déploiement d'une force onusienne aux frontières du Soudan avec le Tchad et la Centrafrique. Ces deux pays sont confrontés à un regain d'incursions menées par des rebelles en provenance du Darfour. Le dirigeant soudanais a accueilli la proposition d'un déploiement frontalier avec réserve, se déclarant prêt à accepter de simples "observateurs".

La perspective d'une présence militaire onusienne à ces frontières reste incertaine, reconnaît-on de source française. Le consentement du régime tchadien, notamment, n'est pas acquis, en raison de ses liens avec les tribus zaghawas présentes de part et d'autre de la délimitation avec le Darfour. En outre, le rôle que les troupes françaises stationnées au Tchad et en Centrafrique seraient amenées à jouer dans un éventuel dispositif frontalier n'a pas été précisé.

L'entretien du chef de la diplomatie française avec Omar Al-Bachir s'est déroulé dans une ambiance assez tendue. Le dirigeant soudanais s'est lancé dans une longue invective contre le "complot" dont il se sent l'objet de la part des Etats-Unis et de "certaines organisations" juives. Son chef des services de renseignement s'en est pris, de son côté, aux efforts de la Cour pénale internationale (CPI), chargée d'enquêter sur les exactions au Darfour. Le leitmotiv des dirigeants soudanais est que toute présence onusienne au Darfour s'inscrirait, à leurs yeux, dans un objectif de "changement de régime" à Khartoum poursuivi par l'administration américaine. La délégation française a tenu à assurer M. Bachir que pareil dessein était exclu et que la souveraineté du pays serait respectée.

UNE FORCE "HYBRIDE"

L'initiative française intervient au moment où tout espoir semble enterré de voir mise en oeuvre la résolution de l'ONU votée le 31 août. Celle-ci prévoyait le déploiement d'une force onusienne au Darfour pour mettre fin aux tueries. Face au refus persistant du régime soudanais, les Occidentaux révisent leurs ambitions à la baisse et se concentrent sur une solution de rechange susceptible d'être acceptée par Khartoum : la mise en place d'une "MUAS (Mission de l'Union africaine au Soudan) plus", dotée de plus de moyens et disposant éventuellement d'une logistique onusienne.

M. Douste-Blazy a parlé à ce sujet d'une force "hybride" et "robuste", suggérant, en outre, qu'elle soit placée sous commandement de l'ONU, mais il s'est heurté sur ce dernier point à une nette réticence des Soudanais.

Avant de se rendre à Khartoum, le ministre français a fait étape, samedi, au Caire, où il a été reçu par le président égyptien, Hosni Moubarak. Ce dernier a souligné que toute action internationale au Darfour devait impérativement passer par un consentement de Khartoum. Une réunion internationale sur le Darfour est prévue à Addis-Abeba le 16 novembre, en présence du secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan.