La trêve enterrée au Darfour

Afp-reuters

Le Figaro, 04 Novembre 2006

De nouvelles attaques de miliciens soudanais ont fait une centaine de morts, ces derniers jours, à la frontière avec le Tchad.

LA FAUSSE trêve qui prévalait depuis près de six mois dans l'ouest du Soudan a volé en éclats et ramené, plus que jamais, ce dossier sur le devant de la scène diplomatique. Hier, les Nations unies ont dénoncé de nouveaux raids meurtriers de miliciens contre des réfugiés au Darfour. Ces razzias auraient causé la mort de 27 enfants de moins de 12 ans, assure l'ONU. L'Union africaine, qui entretient sur place une force de maintien de la paix, a pour sa part fait état de 92 victimes. Ces attaques ont visé, à la fin octobre, le camp de réfugiés de Halijlila ainsi qu'une dizaine de villages, situés dans la région de Djebel Moun, à la frontière avec le Tchad. « Notre équipe au Tchad a recueilli une dizaine de personnes qui fuyaient le Soudan. Ils ont raconté que 300 à 500 miliciens arabes à cheval les avaient attaqués », a détaillé Ron Redmond, porte-parole du Haut Commissariat pour les réfugiés (HCR).

Surnommés les djandjawids, ces cavaliers de la terreur, accusés d'être à la solde du pouvoir de Khartoum, se livrent à un soigneux nettoyage ethnique à l'encontre des populations noires du Darfour. En trois ans et demi, la guerre aurait fait 200 000 morts et 2,5 millions de réfugiés dans cette zone aride grande comme la France.

Bombardements réguliers

En mai dernier, la signature d'un accord entre le gouvernement et les rebelles avait laissé entrevoir une issue au conflit. Un espoir de paix qui s'était vite envolé face aux mauvaises volontés des uns et des autres. Dès lors, le retour des combats semblait inévitable. Ce fut en septembre. L'armée soudanaise a repris l'offensive et essuyé deux défaites. Hier, le leader du National Redemption Front (NRF), l'un des mouvements rebelles, a accusé « le gouvernement de massivement recruter les djandjawids dans l'ouest du Darfour » pour s'éviter de nouvelles déconvenues. Des responsables soudanais ont démenti hier ces raids, niant le retour des milices arabes et l'utilisation de son aviation, en violation des résolutions de l'ONU.


Les soldats de l'Union africaine (UA) dénoncent en effet depuis plusieurs jours les bombardements réguliers des Antonov de Khartoum. Faible et sous-équipée, la mission africaine est incapable de s'opposer à ces assauts. Le 31 août dernier, le Conseil de sécurité avait voté l'envoi d'une puissante force de l'ONU pour prendre la relève. Mais le gouvernement soudanais s'est toujours opposé à cette décision. Hier, depuis Pékin, le président Homard al-Bachir a confirmé son veto : « Si nous acceptons les troupes de l'ONU, l'impact sera comme celui des forces de la coalition en Irak .» Aux Casques bleus, Khartoum laisse entendre qu'il préfère le renforcement des troupes de l'Union africaine.