Darfour : la guerre oubliée

Alain Olive

Unsa, 01 Juin 2006

Dans notre monde, les sujets d’indignation et de révolte ne manquent pas. Pourquoi alors le Darfour ? Tout simplement pour alerter l’opinion publique du fait que, là-bas, dans cette région située à l’Ouest du Soudan, se commet un nouveau génocide.Depuis trois ans maintenant, les populations africaines noires y vivent un enfer. Meurtres, viols, pillages, sont leur lot quotidien.

300.000 morts, deux millions de déplacés, 250.000 réfugiés, voilà aujourd’hui le triste bilan de cette guerre oubliée.Les milices janjawid (littéralement « diables à cheval »), recrutées parmi les Arabes du Darfour et du Tchad y font régner la terreur en toute impunité et cela, avec la protection etl’approbation du gouvernement soudanais et de son président Al-Bachir.Douze ans après le Rwanda et ses centaines de milliers de Tutsis massacrés, l’histoire se répète. Comme au Rwanda, la communauté internationale ne se donne pas les moyens d’agir et d’arrêter ce carnage.Et pourtant les Nations Unies ont depuis longtemps conclu que se perpétraient dans ce pays des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

La Cour pénale internationale de justice de la Haye est saisie. Pour l’instant, sans résultats. Pire, le Haut-commissariat aux réfugiés a annoncé début mars une réduction importante de ses opérations en raison des risques encourus et les rares organisations non gouvernementales, comme Médecins du monde qui travaillent sur place, ont de plus en plus de difficultés à le faire.Selon le journaliste américain Dan Morrison,la force africaine composée de 7000 hommes qui a mission de superviser un hypothétique cessez-le-feu se contente, faute de moyens, d’observer le déchaînement de la violence.

Le fragile accord de paix conclu le5 mai au Nigeria entre le gouvernement soudanais et un mouvement rebelle ne semble pas devoir arrêter ces massacres. Seul espoir maintenant : le recours aux opinions publiques. Cela a commencé aux Etats-Unis où les étudiants et des célébrités comme Elie Wiesel, prix Nobel de la paix, se mobilisent. Ils réclament la suspension des investissements étrangers au Soudan ainsi qu’une action plus ferme de leur gouvernement.

A quand une campagne de même nature et de même ampleur en France ? La France a un rôle important à jouer. Elle doit exercer, plus qu’elle ne le fait aujourd’hui, une pression sur le gouvernement soudanais, pour qu’enfin les populations du Darfour ne soient plus en butte à ces persécutions et puissent vivre en paix.