Le ton monte entre le Tchad et le Soudan

Adrien Jaulmes

Le Figaro, 30 Octobre 2006

N'Djamena accuse l'aviation de Khartoum d'avoir bombardé des villages tchadiens.

La Colonne rebelle, partie du Soudan en début de semaine dernière, n'a pas atteint la capitale tchadienne, ni réussi à renverser le président Idriss Déby. Le raid, lancé par la nouvelle coalition de l'Union des forces pour la dé­mocratie et le développement (UFDD), a toutefois spectaculairement ravivé la tension diplomatique entre le Tchad et le Soudan.

Après avoir rebroussé chemin jeudi, un peu avant la ville de Mongo, à quelque 500 kilomètres de N'Djamena, les rebelles ont repris la direction du Soudan. Ils auraient été rejoints, hier, par l'armée tchadienne, lancée à leur poursuite dans la zone montagneuse d'Hadjer Méram, près de la frontière soudanaise. « Nous les avons encerclés ! a annoncé le ministre tchadien de la Défense, Bichara Issa Djadallah, ajoutant toutefois que le chef d'état-major de l'armée, le général Moussa Seugui, avait été tué dans les affrontements.

Dirigés par un ancien ministre de la Défense passé à la rébellion, le général Mahamat Nouri, les insurgés affirment quant à eux avoir « pris en tenaille » les unités lancées à leurs trousses. « Les forces gouvernementales ont déjà perdu beaucoup d'hommes », a dit le numéro deux de l'UFDD, Acheikh Ibn Oumar.

Aucune de ces revendications n'ayant été vérifiée, l'issue des accrochages restait hier incertaine. Le retour des rebelles vers leurs bases soudanaises indique néanmoins l'échec de la dernière tentative en date pour renverser le régime d'Idriss Déby par un « rezzou » motorisé, méthode éprouvée de prise du pouvoir au Tchad. L'épisode a suscité un regain d'animosité entre N'Djamena et Khartoum.

- Coup de main surprise

Depuis le début de la crise du Darfour en 2003, les deux pays s'accusent mutuellement d'entretenir sur leurs territoires respectifs des guérillas hostiles à leurs régimes. En avril dernier, Idriss Déby avait déjà rompu ses relations diplomatiques avec Khartoum, après un raid motorisé lui aussi parti du Soudan, et qui était arrivé aux portes de N'Djamena où il a été arrêté par l'armée gouvernementale.

Un semblant de relations diplomatiques a néanmoins été rétabli en août 2006. Jusqu'à ce qu'au début octobre, la rébellion soudanaise du nord Darfour, composée notamment de Zaghawas, ethnie frontalière à laquelle appartiennent de nombreux militaires tchadiens et possédant des bases de l'autre côté de la frontière, n'inflige un sérieux revers aux troupes soudanaises.

La riposte soudanaise a pris la forme, la semaine dernière, d'un nouveau coup de main surprise contre le gouvernement d'Idriss Déby. Après avoir dénoncé l'« ingérence » soudanaise, le Tchad a accusé hier des Antonov de l'aviation soudanaise d'avoir bombardé quatre bourgades frontalières : Bahaï, Tiné, Karyari et Bamina. Ces agglomérations sont toutes situées à plusieurs centaines de kilomètres au nord de la zone où se livraient hier les combats. Mais en plein dans celle où la rébellion du Nord Darfour possède ses bases logistiques.