Des rebelles venus du Darfour lancent des attaques au Tchad, sans menacer N'Djamena

J.-p. Ry

Le Monde, 26 Octobre 2006

Au Tchad, la rébellion est une activité de nature saisonnière. Alors que prend fin la saison des pluies, qui avait rendu impraticables les pistes, un nouveau groupe de rebelles tenait, mercredi matin 25 octobre, une zone triangulaire dans le sud-ouest du pays, après avoir lancé une attaque trois jours plus tôt.

Partis du territoire soudanais, où se trouvent leurs bases arrière, les hommes de l'Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD) ont fait leur apparition au Tchad, dimanche, au moment même où ils rendaient publique l'existence de leur mouvement, une coalition dirigée par le général Mahamat Nouri.

Celui-ci, ancien pilier du régime de l'ex-président Hissène Habré, avait rejoint, en mai, la galaxie des mouvements rebelles tchadiens basés au Soudan, au moment de la réélection contestée du président Idriss Déby.

Selon des informations concordantes, les hommes de l'UFDD, scindés en plusieurs groupes, se trouvaient, mercredi matin, dans les environs d'Am Timan. Au cours des jours précédents, ils avaient fait route depuis le Darfour, dans l'ouest du Soudan, passant par le nord incontrôlé de la Centrafrique pour entrer au Tchad. Dimanche, ils étaient entrés dans Goz Beïda sans combattre, avant de poursuivre leur route à bord d'une cinquantaine de véhicules vers Am Timan, à 600 kilomètres de N'Djamena.

"FUTURES NÉGOCIATIONS"

C'était, à peu de choses près, l'itinéraire de la colonne d'un autre chef rebelle, Nour, qui avait tenté en avril, avant les pluies, de foncer à tombeau ouvert depuis l'Est jusqu'à N'Djamena pour tenter d'y prendre le pouvoir à la hussarde.

La poussée des rebelles de l'UFDD s'est finalement arrêtée avant d'atteindre Mongo, première ville défendue par l'armée tchadienne sur sa route. Mercredi, aucun accrochage sérieux n'était signalé entre l'armée et les rebelles.

La veille, un avion de reconnaissance français Breguet-Atlantique a été l'objet d'un tir de missile sol-air, alors qu'il survolait les positions des rebelles de l'UFDD, sans être touché.

Les rebelles pourraient choisir de rebrousser chemin et se replier en direction d'Haraze Mangueigne. Dans l'immédiat, la capitale ne semble donc pas menacée.

Adoum Yacoub, l'un des membres de l'UFDD, estime qu'il serait "suicidaire" de pousser jusqu'à N'Djamena. Un autre responsable rebelle, Timane Erdimi, chef du Rassemblement des forces démocratiques (RAFD), dont les troupes, basées à la frontière tchado-soudanaise, ont infligé en septembre une défaite à l'armée tchadienne, se désole : "Nous devions avoir une réunion avec Mahamat Nouri pour fonder une alliance, mais il a décidé de faire cavalier seul."

Résumant le sentiment général, un observateur affirme : "Mahamat Nouri a fait un tour qui lui a permis de se faire connaître et de gagner du poids dans de futures négociations interrebelles au Darfour."

L'armée soudanaise vient récemment de se voir infliger deux défaites par les rebelles du National Redemption Front (NRF), coalition de combattants du Darfour qui ont des bases arrière au Tchad. Tandis que le Tchad appuie le NRF, Khartoum soutient les rebelles tchadiens.

Le pouvoir soudanais tente également de paralyser le déploiement d'une force des Nations unies au Darfour, alors qu'une attaque de ses troupes est jugée "imminente" par une source onusienne.

La mission de l'ONU à Khartoum, quant à elle, est paralysée par la demande d'expulsion de son chef, Jan Pronk, déclaré persona non grata par le gouvernement soudanais, dimanche, et qui se trouve depuis lundi à New York pour des consultations.