Gagner la course contre la mort au Darfour

Colin Powell

Le Monde, 20 Juillet 2004

Le conflit actuel dans l'ouest du Soudan menace la vie de plus d'un million d'êtres humains. Les milices Janjawid détruisent les villages, violent et tuent, interdisant l'accès de la région à toute aide humanitaire. Il faut immédiatement remédier à la situation avant que ne meurent ceux qui sont aujourd'hui en péril.

Même si nous, la communauté internationale, devons intensifier nos efforts et notre aide, c'est au gouvernement soudanais qu'incombe la plus grande part de responsabilité : faire face à cette catastrophe humanitaire pour sauver la vie de ses concitoyens.

Avant de quitter le Soudan, j'ai donné au gouvernement de ce pays une liste d'actions qui devaient être menées afin de rétablir la situation au Darfour. Au cours des quelques jours qui ont suivi mon départ, les autorités de Khartoum ont annoncé qu'elles allaient mettre au pas les milices Janjawid, pour faciliter le passage de l'aide humanitaire, mettre fin aux problèmes de visas des volontaires et arrêter tout soutien aux responsables d'actes de violence au Darfour. Nous suivons attentivement la mise en oeuvre des mesures que nous avons réclamées. Malgré quelques initiatives en ce sens, la violence persiste et nous n'avons rien vu pour l'instant qui annonce un redressement décisif de la situation.

Les Etats-Unis ont soumis au Conseil de sécurité des Nations unies un projet de résolution qui est actuellement en discussion. Ce texte demande au gouvernement soudanais de remplir immédiatement tous les engagements qu'il a pris pour mettre fin à la violence et ouvrir l'accès de la région aux membres des organisations humanitaires et aux observateurs internationaux. Le projet de résolution presse les parties en guerre de conclure un accord politique sans délai. Il prévoit des sanctions ciblées contre les Janjawid et ceux qui les aident et les soutiennent, ainsi que contre tous ceux qui auraient une part de responsabilité dans cette situation tragique.

Le président du Soudan, Omar Hassan Al-Bashir, s'est plusieurs fois engagé à oeuvrer pour la paix, et il a réitéré cet engagement lors de notre rencontre. Mais George Bush, le Congrès des Etats-Unis, le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, et la communauté internationale veulent plus que des promesses. Nous voulons voir tout de suite des progrès décisifs sur le terrain.

Les Etats-Unis ont été parmi les premiers à fournir une aide humanitaire d'urgence au peuple martyr du Darfour et continueront de le faire. Cette année, nous avons déjà accordé 139 millions de dollars d'aide et nous avons débloqué 161 millions de dollars pour l'année prochaine. Mais il est temps que l'ensemble de la communauté internationale honore les engagements pris. Nous allons aussi travailler avec elle pour garantir que tous les pays ayant pris des engagements financiers les respectent.

Les Etats-Unis continueront d'oeuvrer avec leurs amis africains et la communauté internationale pour tenter de mettre fin à de tels conflits et porter secours aux hommes et aux femmes qui se trouvent dans des situations aussi désespérées. Les conflits et le chaos que nous constatons au Soudan dérobent aux Africains l'avenir qu'ils désirent, l'avenir qu'ils méritent. La paix en Afrique n'est pas un objectif impossible. On peut l'atteindre à condition d'y travailler.

Grâce aux programmes en cours et à des initiatives nouvelles et audacieuses, le président Bush et son gouvernement travaillent en partenariat avec les Africains pour que leurs pays s'ouvrent à plus de démocratie, à des opportunités nouvelles, à plus de sécurité et, pour leurs enfants, à plus d'espoir pour un avenir pacifique.

Nous ne cesserons d'exercer des pressions. Seuls des actes, et non des promesses, peuvent gagner la course contre la mort au Darfour.