Washington étudie l'option de frappes aériennes contre le Soudan

Jean-philippe Rémy

Le Monde, 15 Octobre 2006

Alors que les combats entre rebelles et troupes régulières, au Darfour, risquent à la fois de s'étendre à nouveau dans la région de l'ouest du Soudan et de gagner le Tchad voisin, quels moyens reste-t-il pour éviter une catastrophe majeure ?

Une résolution votée le 31 août par les Nations unies prévoit bien le déploiement, au Darfour, de 22 000 casques bleus en remplacement des casques verts de la Mission de l'Union africaine (AMIS), globalement incapable de défendre efficacement les populations du Darfour. Mais ce déploiement est rejeté par le président soudanais, Omar Al-Bachir, qui menace de faire du Darfour le "tombeau" des casques bleus.


Plusieurs initiatives sont en cours dont celle de trois présidents africains qui tenteront, mardi 17 octobre, de faire plier M. Bachir. Mais les déclarations du président nigérian Olusegun Obasanjo sur un "génocide" en cours au Darfour, qualification contestée par les principaux experts, compromettent cette initiative.

Devant le blocage diplomatique, l'organisme de réflexion sur les conflits International Crisis Group (ICG), qui a suivi la situation au Darfour depuis le début de la guerre civile, en 2003, recommande maintenant d'appliquer des mesures coercitives sérieuses, incluant, notamment, des sanctions contre des responsables soudanais et un blocus naval sur les exportations du pétrole brut soudanais.

ICG recommande aussi d'interdire le survol du Darfour par les forces aériennes soudanaises, une mesure qui serait contrôlée par des avions français et américains. Cette hypothèse rejoint au moins en partie une option militaire discutée dans des cercles militaires à Washington. Selon une source occidentale proche des services de renseignement américains, des "frappes chirurgicales" sont "bel et bien considérées", et permettraient "à la communauté internationale de gagner du temps pour monter une réponse plus solide aux réticences soudanaises".

Leur objet serait de détruire, au moins partiellement, les moyens aériens soudanais, de façon à empêcher les bombardements des civils et d'entraver le ravitaillement des renforts de l'armée soudanaise au Darfour, qui y a massé près de 30 000 hommes supplémentaires.

Selon une source diplomatique, les résultats de la visite au Soudan d'Andrew Natsios, envoyé spécial du président George Bush pour le Darfour, seront "déterminants" pour évaluer la gradation des mesures prises à l'encontre de Khartoum, en écho à la mise en demeure de Condoleezza Rice, la secrétaire d'Etat américaine, à l'adresse du gouvernement soudanais : "coopération ou confrontation".