Darfour : pendant les combats les tractations continuent

Camille Bauer

L'humanité, 12 Octobre 2006

Le gouvernement tente de reprendre militairement le contrôle de la province rebelle, mais refuse toujours l’envoi d’une force d’interposition.

La violence et la confusion atteignent un niveau sans précédent dans la province du Darfour. Des combats meurtriers entre l’armée soudanaise, le Mouvement pour la justice et l’égalité (JEM), un des groupes rebelles qui continuent de combattre Khartoum, ont eu lieu en début de semaine, faisant plus de 100 blessés. Cet épisode pourrait donner le signal d’une nouvelle intensification de l’offensive lancée en août par le gouvernement contre les mouvements armés qui n’ont pas signé en mai dernier l’accord de paix du Darfour.

« Des violents affrontements ont eu lieu entre signataires et non-signataires » note dans son dernier rapport, le secrétaire général de l’ONU qui constate que « la situation générale s’est considérablement dégradée ». Dans son projet de reconquête militaire, Khartoum continue de s’appuyer sur les milices djindjawids, comme l’a encore indiqué le rapport publié lundi par le Haut Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) selon lequel, « quelque 300 à 1 000 membres de milices armées appartenant à la tribu Habbania ont mené au mois d’août une série d’attaques sur 45 villages dans la région de Buram située dans le Darfour sud ».

Le gouvernement soudanais bénéficie aussi désormais de l’aide de la faction Minawi du Mouvement de libération du Soudan (SLM-M), le plus puissant des groupes rebelles et le seul à avoir signé la paix. Ajoutant à la confusion, les hommes du SLM-M s’en prennent désormais à des groupes qui comme eux étaient jusque-là définis comme « Africains ». Mais la fracture entre signataires et non-signataires des accords de paix n’est pas non plus toujours claire. Ainsi « certains membres du clan gouvernemental hostiles aux accords de paix » seraient, selon le site Sudan Tribune, impliqués dans l’attaque début octobre de Gereida, ville pourtant contrôlée par leurs alliés du SLM/M.

Khartoum continue par ailleurs de s’opposer avec véhémence au remplacement de la Mission de l’Union africaine au Soudan (MUAS) par une force onusienne, prévu par une résolution votée fin août par le conseil de sécurité. Le président soudanais a également refusé ce week-end le renforcement de la MUAS par des troupes de pays musulmans, proposé par la Ligue arabe. « Des progrès ont été faits », avait néanmoins estimé Solana, diplomate en chef de l’Union européenne, au début du mois après une rencontre avec le président Béchir.

Le Soudan s’est dit prêt à étudier la proposition de la Ligue arabe et a accepté la semaine dernière l’envoi de 200 hommes de l’ONU en appui à la MUAS. L’Union africaine a également annoncé lundi que Khartoum acceptait de dédommager les déplacés du conflit, ouvrant ainsi la voie à une réouverture des négociations avec les groupes rebelles non signataires, dont c’était une des principales revendications. Un pas important dans la mesure où, comme l’écrivait récemment le spécialiste Alex de Waal, « il n’y a aucune chance de protéger les civils au Darfour, que si le gouvernement et les rebelles reprennent les négociations de paix ». Néanmoins, sous la menace d’une intervention onusienne, Khartoum semble plus enclin à nettoyer militairement le terrain qu’à reprendre un débat politique sur les problèmes de fonds.