Le Darfour au bord de l'implosion

Redaction

Ouest-france, 05 Août 2004

Au moment même où l'aide internationale commence à s'acheminer vers la région sinistrée du Darfour, des dizaines de milliers de manifestants ont battu le pavé de Khartoum pour protester contre une éventuelle intervention étrangère. Dans la province à l'ouest du Soudan, les milices progouvernemantales poursuivent leurs violences contre les sédentaires. Face aux dénonciations, Khartoum fait la sourde oreille et s'abrite derrière des promesses.
Ils étaient des dizaines de milliers à défiler, hier, à Khartoum, à l'occasion de la « marche sur le siège des Nations unies ». Au cri d'« Allah Akbar » (Dieu est le plus grand), les manifestants ont vivement protesté contre la résolution du Conseil de sécurité de l'Onu adoptée vendredi dernier et contre l'éventuelle intervention étrangère dans la province du Darfour. Sur les banderoles de jeunes soudanais, on pouvait lire l'inscription « Brigades des martyrs ». Sur d'autres, l'antiaméricanisme était plus prégnant, au rythme de slogans tels que « Le Darfour sera le tombeau des Américains », « Non à l'intervention étrangère ». Une réaction sans appel quelques jours après les déclarations américano-britanniques en faveur de l'envoi de 5 000 hommes si nécessaire au Darfour.

Au même moment, l'Union africaine (UA) a annoncé qu'elle pourrait augmenter ses troupes de 300 à 2 000 hommes, d'ici la mi-août. Parmi les premiers à s'engager, le Rwanda et le Nigéria ont tous deux confirmé leur détermination à participer à une mission de maintien de la paix, si le mandat du contingent était élargi. Face à la politique versatile et aux promesses du gouvernement soudanais, le porte-parole de l'organisation panafricaine, Adam Thiam, s'est voulu optimiste. « Toute décision prise par l'UA l'a été avec la participation du gouvernement soudanais. Il serait étonnant qu'il y ait une volte-face de la part de Khartoum. » D'ici le 15 août, les pourparlers devraient également reprendre entre les rebelles et le gouvernement, sous l'égide de l'UA.

« Affrontements d'une rare intensité »

Dans les trois provinces du Darfour, les atrocités et les viols se poursuivent. Les violations au cessez-le-feu signé le 8 avril dernier s'enchaînent. Depuis mardi soir, quelque 5 000 Djandjawids armés par Khartoum ont attaqué les deux mouvements rebelles dans le sud de la région. « Ces affrontements d'une rare intensité n'ont pas permis aux observateurs de la commission de cessez-le-feu d'accéder au front », a expliqué, hier, le coordinateur général du Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE), un des deux mouvements rebelles. Si ces derniers jours, le flux de déplacés a diminué, les besoins en nourriture ne cessent de s'accroître au fil du conflit. La situation sanitaire reste plus que jamais déplorable et le risque de méningites et de maladies liées à l'eau augmente à mesure que la saison des pluies avance.

Depuis février 2003, une guerre civile sanglante oppose le MJE, le Mouvement de libération du Soudan (MLS) aux membres des milices arabes progouvernementales et à l'armée de Khartoum. Les rebelles du Darfour réclament une reconnaissance et un partage des richesses - notamment du pétrole - que Khartoum refuse de leur accorder. Le conflit a déjà fait entre 30 000 et 50 000 morts et causé le déplacement de 1,2 million de réfugiés.