Le nettoyage ethnique se poursuit au Darfour

Simon Petite

Le Courrier, Quotidien Suisse, 07 Avril 2004

SOUDAN - Le président soudanais Omar el Bechir est accusé de complicité de crimes contre l'humanité pour son soutien aux milices qui terrorisent la population du Darfour.

Et si l'histoire se répétait? Alors que la communauté internationale commémore les dix ans du génocide rwandais, les exactions se poursuivent au Darfour (ouest du Soudan). Le 26 mars dernier, huit experts de la Commission des droits de l'homme, actuellement réunie à Genève, dénonçaient «une campagne de nettoyage ethnique comparable dans sa nature, si ce n'est son ampleur, au génocide rwandais». Depuis, les responsables onusiens se sont succédé pour alerter la communauté internationale. Jusqu'à présent sans autre résultat qu'une déclaration, vendredi dernier, du Conseil de sécurité de l'ONU appelant les parties à stopper les combats.
Hier à Genève, c'était au tour du responsable du Haut commissariat aux réfugiés (HCR) pour les situations d'urgence de témoigner. Le Suisse Yvan Sturm revient d'une mission de trois mois au Tchad, où se sont réfugiés 110000 indigènes du Darfour.
«Nous avons recueilli des gens très traumatisés parce ce qu'ils ont vu. Tous racontent la même histoire: leurs villages ont été attaqués, pillés et rasés par des milices arabes», rapporte le délégué du HCR, évitant de qualifier ces exactions. En difficulté face aux rebelles du Mouvement/Armée de libération du Soudan (SLM/A) et du Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM) apparus il y a un peu plus d'une année, l'armée soudanaise a recruté environ 20000 miliciens parmi les tribus nomades arabes. Avant l'ouverture de ce nouveau front, le Soudan était déjà en proie à une guerre civile vieille de 21 ans opposant le Nord musulman aux rebelles chrétiens du SPLA de John Garang.

- TERRE BRÛLÉE

Au Darfour, les milices «janjawids», comme on les nomme, ont lancé l'offensive en décembre 2003. Une campagne visant de façon indiscriminée rebelles et habitants du Darfour d'origine africaine. Le Nord de la région a littéralement été vidé des ses habitants par la politique de la terre brûlée menée par les «janjawids». Les combats se déroulent désormais plus au sud.
«Depuis deux mois, nous avons constaté une escalade, s'inquiète M.Sturm. Les réfugiés du Darfour évoquent des massacres, des viols et plus seulement des déplacements forcés.» Selon différentes sources humanitaires, 10000 personnes auraient été tuées lors des combats.
Pourtant, le flot des nouveaux arrivés au Tchad s'est ralenti, selon l'officiel du HCR. «C'est sans doute parce que l'armée soudanaise a fermé la frontière», déduit M.Sturm. Les fugitifs marchent parfois plus d'un mois pour parvenir jusqu'au Tchad, évitant les militaires soudanais. Les organisations humanitaires estiment qu'entre 600000 et un million de personnes ont été chassées de leurs villages mais se trouvent toujours au Darfour.

- PROFITER DU CESSEZ-LE-FEU

Une mission de Haut commissariat aux droits de l'homme attend toujours un feu vert pour enquêter au Darfour. Khartoum a toujours refusé aux organisations internationales tout accès dans la région. Une des raisons pour laquelle Human Rights Watch a affirmé, le 2 avril, que le gouvernement du Soudan devra «répondre de crimes contre l'humanité». Dans un rapport intitulé Le Darfour en flammes: atrocités au Soudan occidental, l'ONG accuse les dirigeants soudanais d'avoir profité du cessez-le-feu avec la rébellion du sud pour écraser le Darfour.