Paix partielle au Soudan

Dante Sanjurjo

Politis, 13 Janvier 2005

L’accord avec les rebelles du sud ne signifie pas le retour au calme.


Au Soudan, le plus dur reste à faire. Dimanche 9 janvier, un accord de paix historique a certes été signé entre le gouvernement du Parti du congrès national (NLC), au pouvoir à Khartoum, et la rébellion sudiste de l’Armée populaire de libération du Soudan (SPLA). Une solution politique a été trouvée après vingt et un ans de guerre, 1,5 million de morts et des années d’âpres négociations et de pressions internationales, notamment de la part des États-Unis.

Les chrétiens et animistes du sud, qui ont pris les armes en 1983 contre l’instauration par Khartoum de la charia, la loi islamique, ont obtenu une période d’autonomie de six ans, qui commencera dans six mois, et, à son terme, l’application de leur droit à l’autodétermination. L’accord porte aussi sur le partage équitable des revenus pétroliers du pays et du pouvoir à Khartoum. Le fondateur du SPLA, John Garang, sera premier vice-président du pays dans les semaines à venir, et un gouvernement d’unité nationale sera formé.

Mais si l’accord est signé, il n’est pas encore appliqué. Le gouvernement du NLC est d’un cynisme à toute épreuve et cherche avant tout à se maintenir au pouvoir. Il pourrait laisser pourrir le processus de paix en usant de manoeuvres dilatoires comme il l’a fait pour retarder pendant des mois l’acheminement de l’aide humanitaire d’urgence au Darfour. Mais le NLC a aussi intérêt à la paix avec le sud, qui dégage des moyens militaires pour combattre les rébellions du Darfour, dont la répression a déjà fait au moins 70 000 morts, surtout des civils, et quelque 1,6 million de déplacés.

Le 4 janvier, le secrétaire général des Nations unies, dans son rapport au Conseil de sécurité sur le Darfour, tirait la sonnette d’alarme. « D’importantes quantités d’armes ont été introduites au Darfour [...] L’intensification de la violence, incluant des attaques aériennes [du gouvernement], trahit une détérioration de la situation. » Et ce n’est pas tout. « De nouveaux mouvements rebelles se forment et lancent des attaques dans une zone pétrolière du Kordofan occidental. » Les pressions et les menaces de sanctions de l’ONU, de l’Union africaine et des États-Unis « n’ont pas d’effet perceptible sur le terrain », constate Kofi Annan, qui en conclut qu’il faut « réexaminer les mesures nécessaires » à la protection des civils.

Malgré l’accord avec le sud, la pression internationale persiste pour résoudre la crise du Darfour. Colin Powell, qui assistait à sa signature, a appelé la nouvelle direction du pays NLC-SPLA à entamer des négociations « pas le mois prochain ou pendant la période intermédiaire, mais tout de suite, dès aujourd’hui ». Rien ne dit qu’il sera écouté. D’autant que le NLC, outre les rebelles de cette province, doit aussi affronter une opposition armée à l’est du pays, et faire face à des revendications dans le centre et le nord. Une paix globale au Soudan n’est donc pas pour demain, d’autant que certains rebelles du Darfour semblent désormais avoir pour objectif la chute du régime de NLC, et que la démocratie qui permettrait d’apaiser les conflits politiques semble encore hors de portée ­ les geôles sont pour l’heure pleines de prisonniers politiques. Cependant, si l’accord avec le sud donne au NLC des marges de manoeuvres nouvelles pour réduire ces oppositions, le partage du pouvoir avec le SPLA pourrait conduire à un adoucissement de ses moeurs politiques. Dans le meilleur des cas.