Darfour : pour des sanctions

Dante Sanjurjo

Politis, 21 Septembre 2006

La communauté internationale reste impuissante face au drame. Suliman Baldo, directeur du programme Afrique de l’International Crisis Group*, nous livre son analyse.


Depuis la première prise de conscience par l’opinion occidentale du drame qui se joue au Darfour, il y a deux ans, la situation n’a guère évolué. Où en est la situation, et peut-on encore espérer l’envoi de troupes d’interposition de l’ONU ?

Suliman Baldo : Toute la population du Darfour, les cultivateurs autochtones comme les nomades à prédominance arabe, est affectée par la guerre. Le nombre de tués au cours des affrontements ou en raison des privations et des maladies lors de la fuite des populations devant les combats est estimé à 250 000 au moins. Il y a aujourd’hui 2 millions de personnes déplacées au Darfour et 500 000 réfugiés à l’est du Tchad. Malgré l’obstruction du régime soudanais du président al-Bashir, l’une des plus grandes opérations d’aide a pu s’organiser entre 2003 et 2004, avec 14 000 travailleurs humanitaires, dont un millier d’expatriés. Leur présence et l’Opération de l’Union africaine au Soudan (OUAS) ont considérablement contribué à l’amélioration de l’état de santé des déplacés entre 2004 et la mi-2005. Malheureusement, la situation sécuritaire s’est détériorée entre la mi-2005 et la mi-2006 en raison de l’éclatement de groupes rebelles du Darfour en factions concurrentes et de l’émergence d’un banditisme coriace après l’effondrement de l’ordre dans la région. La signature d’un accord de paix, le 5 mai, a signifié l’accélération de la détérioration des situations sécuritaire et humanitaire. Car seule la faction menée par Minni Arko Minawi, de l’Armée de libération du Soudan (ALS), le principal mouvement rebelle de tendance laïque, a signé cet accord avec le gouvernement. D’autres factions de l’ALS ainsi que le Mouvement pour la justice et l’égalité, de tendance islamiste, ont refusé ce qu’ils estiment être des concessions peu significatives du gouvernement en matière de sécurité et de partage du pouvoir et des ressources de l’État. Ils ont formé le Front national du salut, en juin, pour faire échouer l’application de l’accord. Le gouvernement a lancé fin août une offensive de grande envergure pour les écraser, mais, après quelques succès, il s’est heurté à une résistance efficace. L’armée de l’air a repris les bombardements de sites civils, ce qui constitue une grave violation de plusieurs résolutions du Conseil de sécurité et de l’accord de paix. Mais les efforts de la communauté internationale pour persuader Khartoum d’accepter pour le 30 septembre le déploiement d’une force onusienne en remplacement de l’OUAS se sont vu opposer une opposition farouche du régime soudanais. Et l’adoption de la résolution 1706 du Conseil de sécurité établissant une force de plus de 20 000 casques bleus et mandatant son déploiement n’a fait que renforcer cette opposition.

L’envoi de casques bleus semble plus facile au Liban...

L’Union européenne et les États-Unis, les deux principaux partenaires de l’Union africaine, ont laissé aux 7 000 éléments de l’OUAS le soin de maintenir la paix dans cette région aussi grande que la France, sans envoyer eux-mêmes le moindre soldat. Cela nous montre qu’aux yeux des puissances occidentales, l’importance relative du Moyen-Orient est plus grande que celle de l’Afrique.

Pourtant, il y a un an, les États membres de l’ONU se sont engagés, au nom de la « responsabilité de protéger », à ne plus laisser des civils se faire massacrer, quitte à intervenir militairement au détriment de la souveraineté des États. Pourquoi ce mécanisme, comme celui de la Cour pénale internationale (CPI), ne permet-il pas d’empêcher des crimes d’envergure ?