La MINUS ne fait pas le poids

Pierre Lefebvre

Primo Europe, 06 Octobre 2006

Etre clair et pédagogique à propos du Darfour semble être mission impossible pour nos médias et analystes. C’est vraisemblablement pourquoi ils n’en parlent jamais.

En effet, on ne voit pas pour quelle autre raison ces mêmes médias attendriraient le peuple en évoquant jusqu'à la nausée les 800 morts au Liban du fait d’Israël, mais passeraient sous silence les bientôt 500.000 morts du Darfour.

A leur décharge, il faut ajouter que l’ONU ne fait rien pour rendre les choses simples. Tachons d’y voir clair. Les milices Janjaweed, milices arabes et musulmanes, massacrent depuis quelques années les habitants du Darfour, dont certains sont aussi musulmans. Mais ils ont le tort d'être des noirs.

Le gouvernement islamique du Soudan et la rébellion du sud ont signé début 2005 « un accord de paix global » dit CPA.

Pendant ce temps, les massacres continuent

En Mai dernier, ce même régime islamique a signé un Accord de paix au Darfour, appelé celui-ci DPA, entre le Soudan et les rebelles du Darfour.

Constatons d’emblée que le fameux « accord de paix global », le premier, n’était pas si global que cela aux yeux du régime islamique puisque celui-ci ressent l’impérieuse nécessité de signer un autre accord quelques mois après.

Pendant ce temps, les massacres continuent

Nous avons donc jusqu’à présent 2 accords de paix totalement différents dans leurs acceptions et leurs présupposés, le DPA au Sud, le CPA au Nord.

L’ONU presse l’Union Africaine d’intervenir. Celle-ci envoie quelques hommes de troupes équipés de vieux fusils, transportés dans des camions à bout de souffle, dont certains ont rendu l’âme dès les premières semaines de la Mission. C’est la désormais fameuse mission AMIS qui est l’équivalent, pour l'Union africaine, de l’ancienne FINUL au Liban. Aveugle, sourde et se déclarant incompétente chaque fois qu’un problème non prévu dans le cadre de la mission survient.

Vous suivez ? DPA, CPA, AMIS…

Pendant ce temps, les massacres continuent

Ayant déterminé que la situation au Soudan continuait de constituer une menace contre la paix et la sécurité internationales, le Conseil de sécurité, par sa résolution 1590 du 24 mars 2005, a décidé de créer la Mission des Nations Unies au Soudan (MINUS). (sic ONU)

En 2005, l’ONU prend conscience de ce que le conflit israélo-palestinien n’est pas le seul à menacer la paix internationale. Voilà qui rassure quant à la santé mentale de nos dirigeants internationaux. Un conflit, quel qu’il soit, est une menace pour la paix internationale.

Cette MINUS doit venir en appui à la mise en œuvre de l'Accord de paix global (le CPA) signé, le 9 janvier 2005, entre le Gouvernement du Soudan et le Mouvement Populaire de libération du Soudan. Mais ce n’est qu’une mission civile. Une mission préparatoire, en quelque sorte, de bons offices, bref, une de ces missions dont les dictatures s’accommodent aisément.

DPA, CPA, AMIS, MINUS…

Pendant ce temps, les massacres continuent

Début 2006, une commission de l'ONU, forte de cinq membres, présidée par Antonio Cassese d'Italie, se rend au Soudan et conclut que le gouvernement du Soudan n'a pas mené une politique de génocide. Elle a néanmoins indiqué que le gouvernement et la milice Janjaweed étaient tous deux responsables de ''graves violations des droits de l'Homme et du droit humanitaire international, équivalant à des crimes au regard du droit international''.

Pour cette commission, 10.000 morts par mois, ce n’est pas un génocide. Pour d'autres experts de l’ONU, les combats de Jénine (Cisjordanie) qui ont fait 54 morts tout compris en sont un. C’est dire le degré de confiance qu’il faut accorder à ces experts.

Cette mission, sitôt rapport rendu, a été désavouée publiquement – on respire - et ses membres se sont éparpillés dans la nature. Ils occupent actuellement quelques places de haute volée dans des ambassades prestigieuses.

L’ONU se saisit du problème et décide qu’il est temps de taper du poing sur la table. Certains conflits ne dure que 36 jours, d’autres plusieurs années. Tout dépend de la région et des idéologies en présence. Primo Europe dénonçait déjà en novembre 2004 le silence international sur les 10.000 morts mensuels que comptait le Darfour.

Pendant ce temps, les massacres…

Fin août 2006, l’ONU décide d’envoyer une force de 17.000 hommes pour assister la MINUS avec un mandat plus contraignant de maintien de la paix.

Le président soudanais Omar El-Béchir réplique instantanément et présente un plan incluant le déploiement de 10 500 soldats soudanais supplémentaires au Darfour….afin de faire face à la force de l’ONU « Nous avons des options et des plans pour faire face à l'intervention étrangère ».

Pendant ce temps, les…

L’ONU persiste car il se rend parfaitement compte de l’ampleur du désastre. Les témoignages de Jang Egeland, l’envoyé spécial, les protestations grandissantes des ONG, tout concourt à décrire la situation comme la plus grande tragédie de ce début de siècle.

Et surtout, Kofi Annan ne veut pas qu’un deuxième Rwanda vienne entâcher ses derniers mois de grand diplomate.

Le 11 septembre 2006, devant le conseil de Sécurité, Kofi Annan déclare « La reprise des combats au Darfour révèle un mépris total pour l'accord de paix signé en mai dernier à Abuja ». Il le dit en présence du représentant du Soudan ainsi que de l'Union africaine et de l'Organisation de la conférence islamique (OCI).

Cette même OCI avait jugé en août dernier la résolution 1706 de l’ONU tout à fait déplacée. Cette résolution avait pour but d’envoyer cette fameuse force internationale de 17.000 hommes.

Pendant ce temps….

Le gouvernement soudanais non seulement refuse ces troupes internationales, mais menace aussi les pays africains et arabes qui seraient tentés de fournir des troupes supplémentaires à la mission de l'ONU au Soudan (Minus), les avertissant qu'il considérerait une telle décision comme un "acte hostile" dont ils assumeraient toute la responsabilité. Menace on ne peut plus claire d'un embrasement général !

Le président soudanais, Omar el-Béchir accuse les Occidentaux de visées néo-colonialistes. Dans son entourage, on parle même de terre sacrée du Soudan qui ne saurait être foulée aux pieds par des troupes infidèles. Un semblable argument a été le point de départ de la vocation d'un certain Ben Laden (présence de troupes occidentales en Arabie Saoudite).

Ce vendredi 6 octobre 2006, le Conseil de Sécurité va peut être prendre une décision historique et envoyer des troupes afin de faire appliquer les 2 traités de paix qui n’ont jamais existé que sur le papier, le CPA et le DPA.

Peut-être…mais peut-être pas.

[www.sauverledarfour.org]