L’avertissement du Soudan provoque la colère des Etats-Unis

Le Figaro

Le Figaro, 06 Octobre 2006

Washington a demandé que le Conseil de sécurité de l’Onu se réunisse d’urgence pour protester contre une missive, dans laquelle Khartoum menace d’envahir les pays arabes et africains tentés de contribuer à une force de maintien de la paix au Darfour.


Le ton monte entre le Soudan et les Etats-Unis : jeudi, Washington a demandé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité, afin de réagir aux menaces proférées par Khartoum contre les Etats susceptibles d’envoyer des Casques bleus au Darfour prendre le relais des 7.000 soldats de l’Union africaine, conformément à une résolution votée fin août.


Mardi, le régime d’Omar el-Béchir a envoyé une lettre de mise en garde aux missions africaines et arabes, ainsi qu'à d'autres pays contributeurs habituels de troupes. Khartoum va même jusqu’à les menacer d’invasion si ces Etats ne respectent pas ces consignes. «En l'absence du consentement du Soudan au déploiement de troupes onusiennes, toute contribution volontaire de troupes de maintien de la paix au Darfour sera considérée comme un acte hostile, prélude à l'invasion d'un Etat membre de l'Onu», peut-on lire.


L’ambassadeur américain à l’Onu n’a pas caché sa surprise face à ces propos d’une telle virulence. «C’est sans précédent. C’est un défi lancé directement à l’autorité du Conseil de sécurité et cela requiert une réponse forte», s’est insurgé John Bolton. Et l’émissaire américain d’ajouter que si cette tentative visant à «intimider les pays contributeurs de troupes» ne provoque aucune réaction, cela entrainerait l'échec des projets de l'Onu de déployer une force au Darfour.


La Grande-Bretagne préfère ignorer la provocation


Pour l’heure, l’Onu n’a pas réagi officiellement et tente de clarifier les velléités soudanaises. Le président du Conseil de sécurité pour le mois d’octobre, l’ambassadeur japonais Kenzo Oshima, a déclaré qu’une résolution avait été envisagée pour condamner la menace soudanaise, mais que la priorité était de restaurer la paix dans la région. Même attentisme du côté de la Grande-Bretagne : l’ambassadeur britannique, qui a qualifié la lettre d’«inacceptable», a estimé qu’il valait mieux d’ignorer cette provocation.

Fin août, dans sa résolution 1706, le Conseil de sécurité a décidé d’envoyer une force onusienne de quelque 17.000 soldats et 3.000 policiers au Darfour pour relayer les hommes de l’Union africaine, mal-équipés et sous-financés. Un envoi auquel s’oppose farouchement le président el-Béchir, qui redoute une recolonisation occidentale du pays. Selon l'Onu, au moins 200.000 personnes ont succombé à la guerre civile et à ses conséquences humanitaires au Darfour, province de l'ouest du Soudan, depuis février 2003. Jeudi, le secrétaire général des Nations unies a estimé que le traité de paix signé en mai dernier n’avait et très peu d’effet. «Nous sommes témoins d’une intensification de la violence et d’une polarisation accrue. La région est de nouveau au bord d’une situation catastrophique», a-t-il déploré.